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Elles

Derrière chaque bijou, une femme

Reines, pirates, hors-la-loi, déesses : le carnet d’inspiration des pièces.

Leurs histoires

  • AliénorAliénor d'Aquitaine

    Aliénor d’Aquitaine, duchesse et reine
    Aliénor naît vers 1122-1124 et devient duchesse d’Aquitaine à la mort de son père, en 1137. Elle épouse Louis VII la même année et devient reine de France. Quand le mariage est annulé en 1152, elle récupère ses terres et épouse, deux mois plus tard, Henri Plantagenêt, de onze ans son cadet. Elle choisit son mari, et elle choisit celui qui lui laisse un royaume de plus : en 1154, elle devient reine d’Angleterre.
    Elle administre l’Angleterre en l’absence d’Henri, gouverne ses propres terres et tient à Poitiers une cour qui compte dans l’histoire de la poésie courtoise. Quand Henri limite son pouvoir en Aquitaine, elle soutient la révolte de leurs fils, en 1173. Elle est capturée et enfermée près de seize ans.
    Libérée en 1189, elle a plus de 65 ans. Elle ne se retire pas : elle gouverne comme régente pendant que son fils Richard est en croisade, puis négocie sa rançon quand il est capturé. Elle meurt en 1204 à Fontevraud, et y est enterrée près d’Henri.
    Les chroniqueurs de l’époque étaient des hommes d’Église, souvent hostiles. L’historien Martin Aurell a montré que sa réputation de débauchée vient de cette « légende noire », pas des faits.

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  • Bonniehors-la-loi

    Bonnie Parker, hors-la-loi
    Bonnie naît en 1910 à Rowena, au Texas. Son père meurt quand elle a quatre ans. À 16 ans, elle épouse Roy Thornton, qui finit en prison. En janvier 1930, elle a 19 ans et rencontre Clyde Barrow, un repris de justice recherché. Elle décide de le suivre.
    Pendant deux ans, elle fait partie d’un gang qui enchaîne vols et meurtres dans le sud des États-Unis. Elle n’est pas la simple victime que certains récits décrivent, et les historiens se disputent encore sur sa part exacte dans les crimes. Elle écrit aussi : des poèmes, dont « The Story of Suicide Sal » et « The Trail’s End ».
    La presse fabrique son image à partir d’une photo posée pour rire, trouvée par la police dans leur planque, où elle tient un cigare et un revolver. On en fait une « fille de gangster » armée. Elle fumait des cigarettes.
    Le 23 mai 1934, Bonnie et Clyde sont tués dans une embuscade en Louisiane par six policiers. Elle a 23 ans.

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  • CléopâtreDernière reine d’Égypte

    Cléopâtre VII, dernière reine d’Égypte
    Cléopâtre naît vers 69 av. J.-C. à Alexandrie, dans la dynastie grecque des Ptolémées. Elle parle grec, mais aussi égyptien, ce que peu de ses ancêtres ont pris la peine de faire. Elle monte sur le trône à 18 ans, en 51 av. J.-C., avec l’obligation de partager le pouvoir avec son jeune frère. Il la chasse du trône. Elle ne se retire pas : elle lève une armée.
    Elle sait qu’elle ne peut pas gagner seule contre Rome, alors elle négocie avec elle. Elle s’allie à Jules César, qui la rétablit sur le trône. Après sa mort, elle traite avec Marc Antoine, maître de l’Orient romain. Les auteurs romains parlent de séduction. Elle, elle joue sur le terrain que les hommes de son époque lui laissent, et elle y défend son royaume et récupère d’anciens territoires égyptiens.
    Octavien, le futur Auguste, la voit comme un obstacle. Il la décrit à Rome comme une étrangère qui a ensorcelé deux généraux, comme si ces hommes n’avaient fait aucun choix. Il la bat avec Antoine à Actium en 31 av. J.-C. Cléopâtre se donne la mort en 30 av. J.-C. L’Égypte devient une province romaine.
    Aucune biographie d’elle n’a été écrite de son vivant. Ce que nous savons vient des Romains, c’est-à-dire du camp qui l’a vaincue. Son histoire nous est parvenue racontée par ses adversaires, et il faut la lire en gardant ça en tête.

    Le podcast de Philippe Collin pour la (re)découvrir (nouvel onglet)

  • FreyjaDéesse nordique

    Freyja, déesse nordique
    Freyja appartient aux dieux Vanes. Elle se déplace sur un char tiré par deux chats, porte un manteau de plumes de faucon et le collier Brísingamen. Elle règne sur l’amour, l’or et la magie, mais aussi sur la guerre : chaque jour, elle choisit la moitié des guerriers morts au combat, qui rejoignent son domaine de Fólkvangr. Odin reçoit l’autre moitié. C’est elle qui apprend aux Ases le seiðr, la magie de divination.
    Un jour, un géant exige de l’épouser en échange du marteau de Thor. Elle refuse, entre en fureur, et son collier se brise. Thor ira à sa place, déguisé en mariée. Son mari Óðr disparaît souvent. Elle pleure des larmes d’or rouge, mais ne reste pas à l’attendre : elle le cherche, sous de nombreux noms.
     

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  • HildegardeAbbesse

    Hildegarde de Bingen, abbesse
    Hildegarde naît en 1098 près d’Alzey. Élevée par Jutta de Sponheim, elle entre en 1112 au monastère de Disibodenberg, dont elle devient la responsable en 1136. En 1150, elle le quitte pour fonder son propre monastère au Rupertsberg, près de Bingen, avec vingt moniales, puis un second à Eibingen en 1165.

    Elle écrit : le Scivias (26 visions), puis deux autres livres de visions. Le pape Eugène III approuve ses écrits vers 1147-1148. Elle compose des chants, dont la Symphonie du Ciel, et une pièce de théâtre, l’Ordo Virtutum. Elle étudie le corps et la nature : ses livres de médecine recommandent plantes, bains chauds, sommeil et alimentation. Elle invente aussi une langue, la lingua ignota, avec un alphabet de 23 lettres.

    Elle voyage : quatre tournées de prédication entre 1158 et 1170, de Cologne à Trèves, Würzburg, Francfort, Rothenburg et jusqu’en Flandre. Elle correspond avec Bernard de Clairvaux et l’empereur Frédéric Barberousse. Elle meurt en 1179. L’Église la proclame docteur en 2012.

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  • JeanneFavorite du roi

    Jeanne du Barry, la favorite qui s’est fabriquée
    Jeanne naît illégitime, dans des conditions si obscures que les historiens en discutent encore. Elle n’a ni nom ni fortune, alors elle se réinvente. Jean du Barry la fait entrer dans le jeu de la cour et lui arrange un mariage de façade avec son frère. Elle garde le nom et le titre de comtesse, même après avoir quitté ce mari.
    À la cour, elle affronte l’hostilité de la famille royale et des courtisans, et s’y impose. Elle organise les spectacles du roi, collectionne, finance des artistes et des artisans. Ses choix accompagnent le passage du style rocaille au style Louis XVI. Après la mort de Louis XV, installée à Louveciennes, elle y tient sa propre cour.
    Sous la Révolution, elle fait quatre voyages à Londres pour récupérer ses bijoux volés, ce qui la rend suspecte. Arrêtée en septembre 1793, elle offre toute sa fortune en échange de sa vie. On la trompe : elle est guillotinée le 8 décembre 1793. Pour l’historienne Cécile Berly, la Révolution condamne en elle la monarchie décadente et l’influence d’une femme.

    L'excellent podcast de Philippe Collin à son sujet (nouvel onglet)

  • MaryPirate

    Mary Read, pirate
    On sait peu de choses de Mary Read, et presque tout vient d’un seul livre de 1724, signé d’un nom d’homme. Selon ce récit, elle grandit habillée en garçon, travaille comme marin, puis se bat comme soldat en Flandre, deux métiers réservés aux hommes. Elle choisit de vivre comme elle l’entend.
    Ce qu’on peut établir commence en 1720. Elle prend la mer avec Calico Jack Rackham et Anne Bonny, et pille des navires au large de la Jamaïque. Au procès, une pêcheuse témoigne avoir été volée et menacée de mort par les deux femmes : ce n’est pas une aventure de roman. Quand un navire de chasse surprend l’équipage en octobre, le récit de 1724 les montre en habits d’homme, se battant pendant qu’une partie des hommes reste à l’abri.
    Jugée à Spanish Town, elle est condamnée à mort et déclare être enceinte, ce qui lui évite la potence. Elle meurt en prison au printemps 1721. Ce qu’on sait d’elle a été écrit par d’autres, surtout par des hommes.

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  • MédéePrincesse

    Médée, princesse de Colchide
    Princesse, sorcière, amante, stratège, vengeresse : Médée n’a jamais tenu dans un seul rôle. Elle trahit son père par amour, puis se venge quand on la trahit.
    Petite-fille du dieu Soleil, elle aide Jason à prendre la Toison d’or, à condition qu’il l’épouse et l’emmène. Elle quitte sa famille et son pays pour le suivre. Dans plusieurs versions, elle prend part au meurtre de son frère pour retarder la poursuite de leur père.
    À Corinthe, Jason l’abandonne pour la fille du roi. Elle envoie à la jeune épousée une robe et une couronne empoisonnées : cette dernière meurt, et son père avec elle. Dans la tragédie d’Euripide, Médée tue aussi ses deux fils. Dans d’autres versions, ce sont les Corinthiens qui les tuent, puis l’accusent. Elle s’enfuit sur le char du dieu Soleil jusqu’à Athènes, où le roi Égée l’accueille.
     

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  • MélusineBâtisseuse

    Mélusine, fée du Poitou
    Mélusine est la fille d’un roi et d’une fée. À cause d’une malédiction de sa mère, elle devient serpent de la taille aux pieds chaque samedi. Quand le chevalier Raymondin la rencontre près d’une fontaine, dans une forêt du Poitou, elle accepte de l’épouser à une condition : le samedi, il ne doit jamais la regarder.
    Il tient parole. Elle bâtit pour lui le château de Lusignan et fait la fortune de sa maison. Ils ont de nombreux fils. Mais Raymondin, poussé par ses proches, finit par l’épier dans son bain et découvre son secret. Elle lui pardonne.
    Puis l’un de leurs fils tue son frère. Devant toute la cour, Raymondin l’accuse et la traite de serpent. Il a rompu sa promesse, puis trahi son secret. Elle se transforme en dragon et s’envole par la fenêtre du château. Elle revient, dit-on, annoncer par ses cris la mort des seigneurs de Lusignan.

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  • OlympeAutrice

    Olympe de Gouges, autrice et révolutionnaire
    Marie Gouze naît en 1748 à Montauban, dans une famille modeste : son père officiel est boucher. Mariée très jeune, elle devient veuve et décide de ne jamais se remarier. Elle part pour Paris, change de nom et devient Olympe de Gouges.
    Elle s’impose dans le théâtre et l’écriture sans fortune de départ. Dès 1784, elle s’attaque à l’esclavage avec Zamore et Mirza, jouée en 1789 sous le titre L’Esclavage des Noirs et retirée de l’affiche après trois représentations.
    En 1791, elle répond à la Déclaration des droits de l’homme de 1789 par une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, calquée article par article sur l’originale. Elle y écrit : « La Femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »
    En 1793, elle s’oppose ouvertement à Robespierre et réclame un vote pour choisir le régime. Elle est arrêtée en juillet, condamnée par le Tribunal révolutionnaire et guillotinée le 3 novembre 1793, à 45 ans. Elle avait raison sur les deux droits.

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